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Et le quatrième pouvoir dans tout ça ?

Par Sondes Zouaghi

 

Force est de constater que la démocratie se gagne par palier ! Parfois les avancées sont rapides et grisantes et parfois, juste le fait de préserver les nouveaux acquis s’avère être un défi face aux forces d’inerties et à certaines habitudes anciennes. En écrivant ceci, je pense notamment aux médias de notre pays.

La révolution a crée un sentiment de grande liberté chez nos concitoyens journalistes. Il faut rappeler ce qu’était leur travail lors de la dictature : réception des communiqués de la présidence, rédactions d’articles exclusivement à la gloire du clan présidentiel, propagandes idéologiques autour des « succès inouïs » de l’économie tunisienne, de la clairvoyance de son dirigeant, etc. Ce système de la pensée unique et la répression avaient développé, chez nos amis journalistes, la peur de penser et avaient érigé l’autocensure comme mode de réflexion. Ils ont été instrumentalisés et leur code déontologique a été bafoué.

Les semaines qui suivirent le 14 janvier, la profession s’est réveillée d’une longue torpeur, les regards étaient hagards et les prises de position hésitantes. Ce fut une période de catharsis généralisée, où tous les citoyens ont pu s’exprimer sans retenue, sans aucune censure, sans aucune limite ni de contenu ni de temps, dans une cacophonie parfois effrayante. Le journalisme tunisien se cherchait et tentait de se réinventer.

Depuis, les choses se sont calmées, les journalistes ont repris les choses en main, les débats se font plus posés et semblent plus construits. Nous saluons les efforts de la presse et des médias mais nous alertons également sur l’existence de dépassements du code de déontologie par certains journalistes. Ces cas sont isolés mais n’en sont pas moins très graves. Il est arrivé que des informations fausses non vérifiées soient diffusées, que des propos ne soient pas neutres ou que le temps de parole favorise certains au détriment d’autres. Ces pratiques qui émanent d’anciens réflexes, portent préjudice à toute la société, tant au lecteur citoyen qui prend connaissance d’une information non vérifiée qu’aux acteurs de la société civile (personnalités de la vie publique, associations ou aux partis politiques – Ettakatol compris). Ces dépassements finiront par disparaître si la réflexion interne sur le rôle du journalisme continu et si un code éthique explicite est instauré.

Dans l’étape actuelle de la construction démocratique, le peuple tunisien est confronté à une multitude de nouvelles pratiques politiques et à des notions complexes : assemblée constituante, séparation des pouvoirs, majorité simple ou qualifiée, motion de censure, référendum, régime parlementaire ou présidentiel, mode de scrutin, etc. La liste est encore très longue. Les citoyens se sentent perdus devant cette masse d’information et ils se tournent naturellement vers les médias pour tenter d’obtenir des explications. En plus d’informer, les journalistes sont donc investis d’un rôle de pédagogues qui leur confère une responsabilité supplémentaire. Il y a nécessité de mettre à leurs dispositions des moyens pour qu’un réel travail d‘investigation et d’analyse puisse être fait avant chaque publication. Une formation professionnelle doit également être proposée pour que les notions de neutralité, d’objectivité et de responsabilité soient traduites en actes concrets.

La révolution qu’est en train de vivre la profession journalistique mérite d’être accompagnée de mesures concrètes pour lui assurer son indépendance totale face aux trois autres pouvoirs (judiciaires, législatifs et exécutifs). C’est dans cette perspective, qu’Ettakatol défend l’idée que les médias doivent être inscrits dans la constitution comme la quatrième force politique. Cette force sera représentée par une instance de contrôle des médias et des sondages qui sera indépendante des trois autres formes de pouvoir et ce pour garantir aucune intrusion, ni du gouvernement, ni de l’assemblée, ni de la justice. Cette instance aura aussi pour rôle de vérifier que les professionnels respectent leur code de déontologie et ainsi d’assurer au peuple tunisien le droit à être correctement informé sans manipulation De plus, ce quatrième pouvoir ne peut prétendre à son statut sans indépendance financière. Cette précaution permettra de garantir qu’aucun lobby financier ne dictera à nos journalistes leurs propos. Des mécanismes de contrôle de cette indépendance financière doivent être mis en place. L’exemple de l’Italie de Berlusconi et de sa mainmise sur les médias doit nous alerter sur l’importance de prévoir des garde-fous démocratiques.

Ettakatol, défend l’idée d’une Tunisie plurielle où toutes les idées s’expriment sans diffamation et avec respects des règles éthique de la neutralité, de la nécessité d’investigation, de la protection des sources et de la responsabilité des propos tenus. Avec des bases comme celles-là, la Tunisie se donnera toutes les chances d’être, un jour, complètement fière de ses Médias.

Un commentaire

  1. Mr
    Je souhaite savoir quel sera la conduite que tiendra le partie pour l’islam en Tunisie.
    Merci cordialement

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